Piano Aux Jacobins



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CHRONIQUE CONCERT PIANO AUX JACOBINS / JAZZ MAGAZINE

Le jazz permet de cultiver des plaisirs complémentaires, qu’il s’agisse de festiner de rencontres inédites ou de savourer les retrouvailles de musiciens partageant une histoire commune et approfondissant avec chaque prestation le sillon esthétique qu’ils se sont fixés. Stéphane Belmondo et Jacky « Smile » Terrasson (alias « Terramondo », tels qu’ils se présentent sur scène) illustrent cette deuxième option. Radios, télés, interviews, showcases, le duo connait une actualité chargée. La tournée accompagne la sortie de l’album « Mother », CHOC dans notre numéro d’octobre. Si Terrasson est un habitué du festival, c’est la première fois qu’il s’y produit en duo. Les pièces choisies, qu’il s’agisse de reprises ou de compositions personnelles, s’appuient sur des mélodies bien délinéées; rien d’étonnant à ce goût, les musiciens ayant par le passé, ensemble ou séparément, contribué à la mise en valeur de chanteuses et chanteurs tels que Dee Dee Bridgewater, Cassandra Wilson, Charles Aznavour ou Milton Nascimento. Qu’il s’agisse de blues, de ballades ou de pièces empressées, une sensation de plaisir d’être au monde imprègne la soirée. Du velours, certes, à commencer par le timbre de Belmondo au bugle (délectables notes longues, impeccablement tenues), mais aussi de franches attaques côté Terrasson, habité par un groove intérieur, un élan qu’il sait canaliser afin que la conversation demeure équilibrée. On pourrait presque, mais pas tout à fait, le qualifier d’accompagnateur ici. Le répertoire semble bien rodé, ouvert aux improvisations, parfois rapides comme l’éclair. La profusion de notes alterne avec le minimalisme : nul n’est besoin de surcharger La Chanson d’Hélène par exemple, dont l’énoncé de la mélodie – fort lente – suffit à faire chanceler les âmes. Des citations plus ou moins fugaces se devinent ici et là, tel le thème Un été 42 de Michel Legrand accolé à la composition de Philippe Sarde, ainsi qu’un clin d’œil à Nougaro, sans qui Toulouse ne serait décidément pas Toulouse. Une ballade élégiaque est l’occasion pour le pianiste de prolonger le discours de son partenaire de ponctuations frémissantes. Après une pièce atypique au parfum d’Océanie, et avant les miniatures enjouées du rappel, une mélodie douce-amère convoque tout à fait l’esprit de Chet Baker, dont on sait l’importance pour Belmondo, pour un bien bel hommage.
L’an passé, les deux soirées jazz du festival étaient liées par une interprétation de The Man I Love de George Gershwin. Cette fois, c’est l’interrogatif Que reste-t-il de nos amours ? qui a inspiré Philippe Léogé ainsi que le duo : hasard ou coïncidence, voyez où le jazz va se nicher.

David Cristol